Carnets de voyage de Che Guevara
Juste avant d’obtenir son diplôme de médecine, alors qu’il a à peine 23 ans, Ernesto Guevara quitte l’Argentine. En compagnie de son ami Alberto Granado, il entame un voyage de plusieurs mois à travers toute l’Amérique Latine. Le jeune Guevara prend des notes, décrivant les situations sociales et politiques difficiles des gens de son continent. Ses notes sont aujourd’hui portées à l’écran dans «Carnets de voyage» de Walter Salles.
Vinciane Convens
08-09-2004
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Bien que Che Guevara ait parcouru ces routes il y a plus de 50 ans, «au cours des premiers repérages, ces récits de voyage qui datent de 1952 nous semblaient décrire l’Amérique latine d’aujourd’hui. J’ai donc fait le choix de conjuguer ce film au présent» déclare Walter Salles, réalisateur de «Carnets de voyage». «Le voyage de Guevara et Granado s’est fait à un moment où l’on ne prêtait pas attention à l’Amérique Latine. Et, hier comme aujourd’hui, il est très important de se pencher sur notre continent. J’ai voulu faire ce film parce que le livre du Che «Diarios de motocicleta» révèle la géographie physique mais aussi humaine de l’Amérique Latine. De plus, c’est une extraordinaire histoire sur le processus de maturation de deux jeunes qui trouvent leur place dans le monde. «Diarios de motocicleta» peut être considéré comme un voyage initiatique, un voyage à travers un continent qui définira l’essence tant sur le plan émotionnel que politique de ce que deviendront ces jeunes dans le futur.»
Le film est une adaptation des écrits de Che Guevara lui-même. Durant son voyage, il a tenu un carnet de bord, décrivant la réalité quotidienne difficile des Latino-américains, mais aussi les étapes qui l’amenèrent à devenir un grand révolutionnaire. L’esthétique du film s’inspire également des photos prises par le Che.
Pour les acteurs, le défi était de taille. Gael Garcia Bernal qui incarne le rôle du Che dans le film avoue que «étant donné ce que représente Ernesto Guevara, j’ai eu quelques moments de panique pour assumer ce rôle.» Lors de sa visite à Cuba, Gael García Bernal s’est arrêté, pensif, devant le monument où sont gardés les restes du Che. Quelques minutes plus tard, il rompt le silence: «En ce moment, comme jamais, je prends conscience de vivre un extraordinaire privilège: effleurer une étincelle de l’Histoire.» L’acteur s’était déjà fait remarqué pour sa participation aux films Amores perros (du Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu) et La mala educacion (de Pedro Almodovar).
Quant à l’acteur qui interprète Granado, l’Argentin Rodriguo de la Sema, il confesse avoir éprouvé une certaine crainte pour interpréter le rôle d’un personnage qui, tout en étant historique, était encore vivant. «Mais quand j’ai rencontré Granado, après quelques mots, tangos et verres de vin, je me suis vite rendu compte de sa dimension humaine. Cette rencontre m’a changé pour toujours.»
Après avoir été primé à Cannes, «Carnets de voyage» a été présenté à Cuba, à l’occasion de l’anniversaire de la naissance du Che, le 14 juin. Il y a été accueilli par une bouleversante ovation.
La fille du Che, Aleida Guevara March, a fait l’éloge du film qui raconte la jeunesse de son père et a reconnu «le sérieux et les qualités humaines et artistiques» de son réalisateur. «Pour nous, depuis le moment où Robert Redford (qui a financé le film, ndlr) nous a contacté pour solliciter le droit de porter à l’écran les notes de voyage de papa, il était indispensable que la rigueur soit de mise. En parlant avec Walter Salles et en apprenant que les personnages seraient joués par des acteurs latino-américains, nous avons eu confiance. En voyant le film, nous avons félicité l’équipe pour l’amour et la tendresse qu’elle est parvenue à y transmettre» a-t-elle ajouté.
A quelques semaines de la fête annuelle Che Presente (le 30 octobre à la VUB, Bruxelles), une excellente occasion de découvrir ou redécouvrir cette étape décisive de la vie d’Ernesto Che Guevara.







